Sur le Chemin de Manfé

  • Imprimer

En 2012, j’ai eu l’honneur et le plaisir de revoir Diana une amie mauricienne qui revenait à Douala pour un séjour d’affaire. A Dakar où elle avait ses bureaux, j’avais souvent été bien reçu il faut le reconnaître.

Après le travail, elle avait décidé de profiter d’une dizaine de jours pour découvrir de plus belle quelques sites touristiques inédits. Elle tenait sur la main un dépliant, comme un précieux sésame qui était titré en anglais : «What to do and discover on the Mamfe road and its surroundings». Le minimum de l’hospitalité était de l’accompagner jusqu’à Mamfe. J’y allais moi aussi pour la première fois. 

Le 4x4 de marque Toyota que nous avons louée avait avalé rapidement la route Douala-Buea. Après le parcours était chaotique mais excitant de mille et une curiosités  jusqu’à Kumba. Si le Mont Cameroun avait été un régal visuel sur le chemin, à Kumba le lac Barombi Camp s’offrait à nous avec calme et splendeur. A Kougnè nous sommes descendus de la voiture pour affronter le pont suspendu qui traverse le fleuve Moungo et dessert le village Ndoi Bakundu. Plus de 100 ans d’âge et toujours cette majesté imposante et effrayante qui requiert un zeste de courage pour être traversé. Nous l’avons fait dans les deux sens sous le regard un peu amusé des villageois qui le traverse avec une quiétude déconcertante. Après une randonnée magique dans les plantations et la forêt, nous avons repris la route. En passant par l’embranchement qui donne sur la forêt communautaire jouxtant l’inégalable Parc de Korup, du côté de Banjo.  Heureusement Armel, notre «chauffeur-guide» connaissait bien le milieu. Passé le sanctuaire de faune de Banyang Bo et la première chapelle de la région à Okoyong, nous arrivâmes à Manfé où nous sommes descendus au California Hôtel.  A mille lieux de la Californie et dix mille fois moins cher. Chacun dans sa chambre. Diana et moi n’étions que des amis. Le lendemain nous sommes allés au Park de Korup. Il y’avait de nombreux visiteurs, des locaux et d’innombrables étrangers. Environ 17 nationalités et d’après les agents de l’Etat sur place, on atteint parfois des piques de 45 nationalités en visite le même jour. Il y’avait de quoi. Le parc de Korup est sans pareil, avec pratiquement 25% des variétés de primates de toute l’Afrique, une faune extraordinaire, soixante millions d’année de forêt, il, y’a de quoi faire. Et pas que…

De retour à l’hôtel nous avons dégusté un plat local, le Fufu-eru, agrémenté par un jus de mangue au gout délicieux. Le bar de l’hôtel était bercé en soirée par une musique fine et romantique. Diana a eu la bonté de m’accorder une dance. Nous nous joignions alors à une dizaine de couples qui se déhanchaient lentement sur un slow de Dina Bell, un célèbre chanteur du pays, star des années 80 et 90 mais toujours aussi demandé. A l’heure du coucher, le chauffeur avait disparu des radars, perdu dans la petite cité de Manfé qui ne se limitait pas au Caalifornia. La chambre 211 se referma sur un «au revoir» de Diana qui semblait adorer ce séjour déstressant. Je pris deux secondes sur le couloir pour envoyer un texto à Armel, il fallait être prêt dès la première heure pour de nouvelles aventures. Au moment d'ouvrir la porte 212 qui s’ouvrait sur ma coquette chambre, une main se posa sur mon dos, simultanément avec l’entrée de la clé dans la serrure. Je n’eu pas le temps de m’inquiéter. Diana me poussa délicatement à l’intérieur. Une fois la porte refermée, elle ne dit aucun mot, juste ce regard qui en disait long. Aujourd’hui encore le souvenir de ce voyage me fréquente doucereusement et j’aime Manfé.

Carnet de Voyage signé Albin SIKI